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Date de création : 03.03.2015
Dernière mise à jour : 10.03.2026
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L’hôpital de Toulouse, un univers impitoyable

L’hôpital de Toulouse, un univers impitoyable pour ses salariés
8 novembre 2016 Par Elsa Sabado

C'est jour de mobilisation ce mardi pour les personnels infirmiers et non médicaux de l'hôpital public. Dans le CHU de la ville rose, quatre personnes se sont suicidées en juin ; début octobre, une autre a tenté de mettre fin à ses jours. Violences verbales, mépris des salariés reconnus handicapés par le travail, liste illégale du personnel en difficulté… la DRH ne recule devant rien.

                               

 

Toulouse, envoyée spéciale.- La lumière d’octobre se réverbère sur les bâtiments rutilants de l’hôpital de Purpan, joyau du CHU de Toulouse, l’un des plus importants et réputés de France. Pourtant, personne, dans les couloirs, n'y a une mine tout à fait réjouie. Quelques jours plus tôt, une nouvelle tentative de suicide a eu lieu sur le site voisin, à Rangueil. C'est le dernier en date d'une série noire pour le CHU de Toulouse. En juin dernier, quatre agents se sont donné la mort en dix-huit jours. Deux d’entre eux étaient reconnus travailleurs handicapés.

Ce mardi, une journée de mobilisation nationale et de grève a été lancée par la Coordination nationale infirmière, rejointe par les fédérations FO, CGT et SUD des secteurs de la santé. A Toulouse, la ronde macabre a commencé le lundi 13 juin, lorsque J. E., infirmier en réanimation cardiaque sur le site de Rangueil, « est retrouvé enfermé, allongé et inanimé dans son local de travail de “mesure ambulatoire de pression artérielle”, une voie intraveineuse à l’avant-bras gauche ». Il venait de se tuer en s’injectant du curare et de l’anesthésiant. Reclassé sur un poste qu’il estime peu valorisant après un problème de santé, puis délocalisé dans une salle exiguë, sans climatisation ni salle d’attente suite à une restructuration, l'infirmier avait signalé ses problèmes à sa direction quelques mois avant de se suicider. Un nouveau déménagement de son service était prévu la semaine suivante. Le 20 juin, une élève de l’école d’infirmière se tue, suivie, le 21 juin, d’un autre infirmier, du site de Purpan cette fois-ci. Puis, le 1er juillet, une aide-soignante de l’hôpital des enfants se suicide. Sa fragilité psychologique était connue de la direction : elle avait déjà fait une tentative de suicide en 2012 et demandait, en vain, à changer de poste, arguant que le sien n'était pas adapté à ses restrictions médicales.

Le reportage de ITélé sur les suicides à l'hôpital de Toulouse
C'est à Purpan qu'on trouve le petit bureau de Julien Terrié, délégué de la CGT. Ce bureau est celui des pleurs, au propre comme au figuré. On vient y vider son sac, profitant des oreilles attentives du manipulateur radio. C'est pour cela qu'il accompagnait, avant qu'elle ne mette fin à ses jours, l'aide-soignante de l'hôpital des enfants dans son combat pour obtenir un poste aménagé et contre ce qu'elle considérait être du harcèlement de la part de sa hiérarchie et de ses collègues.

 

 

 

 

Pour Julien, un homme incarne le management qui a contribué aux suicides de ses collègues : Richard Barthes. « Cet homme a été placé là pour accompagner les bouleversements que supporte l'hôpital », rapporte le syndicaliste. Une de ses collègues se souvient : « Lorsqu'il[Richard Barthes] s'est présenté au personnel des écoles qu'il dirigeait alors, il nous a annoncé : “Moi, je suis ici parce que j'ai une mission. Et j'irai au bout de ma mission. J'avance comme un tank.”» En 2013, le manager organise une conférence à l’hôpital, intitulée : « Du lean manufacturing au lean hospital, ou comment déployer des pratiques industrielles à l’hôpital pour le bien-être de tous », interrompue par les militants syndicaux. En 2014, Richard Barthes est promu DRH. Son équipe s’est illustrée, au printemps dernier, par un dérapage public qui a ému les agents. Alors qu'une aide-soignante témoignait de son stress au travail en CHSCT, une des collaboratrices du “tank” a soufflé : « Si elle ne sait pas gérer son stress, elle n'a qu'à aller faire caissière au Casino. »

Un document de prévention des risques produit par l'équipe de Richard Barthes révèle l'esprit qui anime la DRH (on peut le consulter ici, en pdf :Le document de prévention des risques (pdf, 227.6 kB)).On peut y lire notamment, qu'il faut « comparer le coût d'un accident du travail avec celui de l'installation d'une prise éthernet ».

Extrait du plan d'actions poles cliniques Extrait du plan d'actions poles cliniques

 

C'est entre les mains de cette équipe de ressources humaines que passe chaque travailleur handicapé du CHU de Toulouse. Il en compte 752, dont 603 femmes. Ce chiffre est en augmentation : « On a repoussé l’âge de la retraite des infirmières et intensifié leur travail. Elles se fatiguent plus vite, et “cassent” plus fréquemment », relève Florence Lacoma, une autre syndicaliste. Après leur arrêt, souvent lié à un accident du travail, elles ont rendez-vous avec les « cadres chargées de maintien dans l'emploi », car l'institution est légalement tenue de proposer un poste adapté aux restrictions médicales de ses agents ou de les reclasser.

Celles-ci ne s'embarrassent visiblement pas de pincettes. « La cadre m’a proposé trois fois une formation en toilettage canin, alors que je lui ai dit dès la première fois que ça ne m’intéressait pas et que je cherchais un poste assise », témoigne une agente. Une personne membre de la direction générale, souhaitant garder l'anonymat, ajoute : « L'une de ces cadres déstabilise les agents, qui sortent en pleurant de son bureau. La dernière fois, elle a dit à un agent dont elle refusait d’aménager le poste : “Attendez de faire une dépression, et on en reparlera.” »

Outre la violence verbale qui semble caractériser la politique managériale du CHU, les refus d'aménagement de poste des travailleurs RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) se multiplient. Leurs dossiers s’amoncellent sur le bureau de Julien Terrié, délégué au CHSCT : « La direction pousse les personnes abîmées à arrêter de travailler à l’hôpital. Elle les décourage par tous les moyens possibles », constate le cégétiste. Certains ont accepté de nous raconter leur histoire, mais requis l’anonymat, de crainte d’avoir « plus de problèmes qu’ils n’en ont déjà ».

« Mais qu’est-ce que je vais faire de vous ? »

Entrée en 1981 à l’hôpital, Valérie, aide-soignante, travaille au contact d’enfants en bas âge. En 2015, elle est arrêtée six mois pour un problème à l’épaule gauche, reconnue maladie professionnelle. Elle a interdiction de lever les bras au-dessus d'un angle de 90°. À sa reprise, en mi-temps thérapeutique, en avril 2016, son poste est aménagé : elle travaille pendant les horaires « du milieu » de la journée : ainsi, elle n’est jamais seule et ses collègues se chargent de porter les enfants si nécessaire. Mais dans son service, six personnes sont en arrêt maladie. Sa cadre supérieure lui annonce alors qu'elle sera sur les tranches horaires extrêmes, seule avec les enfants. « Je lui ai dit que je ne pouvais pas changer les bébés. Elle m’a répondu que je n’avais qu’à le faire par terre. Je lui ai rétorqué qu’avec ma main en attelle, je ne pourrais pas me relever. Réponse : “Mais qu’est-ce que je vais faire de vous ?” » La cadre supérieure de Valérie lui assure qu’elle ne peut pas aménager son poste, et qu’elle doit trouver un autre service.

Julien Terrié n’a pas assez de mots pour exprimer le dégoût que lui inspire la manière dont ont été traités deux autres des cas signalés. Denise a commencé à travailler aux cuisines du CHU en 2005. En 2010, elle contracte une tumeur grave, et elle est arrêtée pour deux ans et demi. Lorsqu’elle reprend, avec de lourdes contre-indications, la cadre « chargée de maintien dans l’emploi », censée lui trouver un poste aménagé, la convoque. Même problème, même sentence : « Mais qu’est-ce qu’on va faire de vous ! Je n'ai pas de poste à vous donner, vous êtes handicapée et analphabète ! » Denise n’est pas analphabète, elle est brésilienne. La responsable lui propose de signer un papier. « Un accord selon lequel j’acceptais de me mettre en retraite anticipée pour invalidité, en échange d’une pension de 350 euros par mois. J’ai 42 ans. Heureusement, ma voisine, qui m’avait accompagnée, m’a conseillé de ne pas signer », raconte Denise, qui, après un long combat, est aujourd’hui réintégrée en tant que secrétaire médicale. La même mésaventure est arrivée à une auxiliaire puéricultrice, handicapée elle aussi, qui s’est vu proposer la retraite anticipée en échange de 181 euros mensuels. « Ces deux-là se sont manifestées, et nous avons pu arranger leur situation… mais combien signent sans que nous le sachions ? », s’interroge le cégétiste, qui affirme avoir envoyé une dizaine de dossiers au Défenseur des droits pour « discrimination en raison de problèmes de santé ».

 

306,23 euros de retraite par mois. 306,23 euros de retraite par mois.
Sa camarade Florence Lacoma dénonce une autre manière de décourager les agents de travailler à l’hôpital : « Une des cadres chargée du maintien dans l’emploi incite les agents à faire prolonger leur arrêt maladie auprès de leur médecin traitant plutôt que de leur proposer un poste. » Corinne Delecroix, aide-soignante atteinte de surdité, a demandé en 2014 un poste aménagé. « La cadre chargée de maintien dans l'emploi m'a dit qu'elle n'avait pas de poste, et m'a conseillé de me mettre en congé maladie. C'est à ce moment que je suis allée voir la CFDT », explique celle qui est maintenant déléguée en charge de la question au syndicat. « Les agents ne se rendent pas toujours compte qu’en se mettant en congé maladie ordinaire, ils dépensent leurs droits à la maladie. Au bout d’un moment, leur paye est réduite de moitié, ils ne cotisent pas à la retraite, et au bout d’un an ils risquent d’être mis en “disponibilité d’office”… Pour l'hôpital, c’est tout bénéfice car c’est une paye de moins sur son budget », reprend Florence Lacoma, de la CGT. La personne membre de la direction réclamant l'anonymat, révoltée par cette pratique, affirme : « Pousser les gens à se remettre en congé maladie est une pratique de plus en plus systématique de la DRH. Y compris quand le comité médical départemental, indépendant de l’hôpital, préconise plutôt des retours en mi-temps thérapeutiques. » Cette pratique peu orthodoxe est également revenue plusieurs fois aux oreilles d'Alain Leduc, secrétaire général de Force Ouvrière : « Ce n'est pas aux œuvres sociales, qui financent la moitié du salaire de l'agent en maladie, de pallier les manquements de l'institution ! » Selon le syndicaliste, une autre tendance est à l'œuvre : « On essaie de pousser les soignants qui ne sont plus en état de travailler dans les soins à passer sur des postes administratifs, et à renoncer ainsi à 10 % de leur salaire ».

 

Une liste illégale

Les agents handicapés, cibles des “cost-killers” de l’hôpital ? Ce n’est pas une nouveauté. Dès 1998, le CHU s’était fixé pour objectif de diminuer de 30 % le nombre de postes aménagés, selon le compte rendu d'un CHSCT de 2013. En 1999, un fichier nominatif de ces postes est mis en place puis, en novembre 2004, la DRH constitue un groupe de réflexion sur la question. Un bilan d’étape de ce groupe, quelques mois plus tard, indique : « La marge d’action en matière d’affectation des agents nécessiteux d’un poste aménagé a été restreinte avec la mise en place des pôles, pour être réduite à une peau de chagrin sous l’effet de la tarification à l’acte et du projet de gestion : les possibilités intra-pôle et les échanges inter-pôles sont devenus quasi impossibles, et les situations de blocage se sont développées. » Le document du CHSCT dénonce l’existence d’un listing des « personnes en difficultés » à l'époque accessible sur l’intranet de l’hôpital. En face des noms, on peut lire des pathologies, ou d’autres commentaires tels qu’« addictions », « syndrome dépressif », « problèmes familiaux, problèmes relationnels avec son cadre et ses collègues, ne pourra pas réintégrer le service », etc. Outre la totale illégalité de ce type de document qui viole le secret médical, à quoi devait-il servir ? La direction ne nous le dira pas.

La colonne «difficultés de l'agent» du document du CHSCT La colonne «difficultés de l'agent» du document du CHSCT
La volonté d'éviction des travailleurs handicapés est étroitement liée à la réorganisation de services en pôles et la tarification à l’acte, deux réformes que le CHU de Toulouse a été l'un des premiers à appliquer. « Auparavant, les personnes handicapées étaient tolérées en sureffectif. Les pôles sont des mini-entreprises, qui doivent être le plus rentables possible. Ils doivent réaliser un maximum d’actes médicaux, comptabilisés et remboursés par la sécurité sociale à l’hôpital… Désormais les salariés à postes aménagés, moins productifs, grèvent ces résultats. Les chefs de pôle ne veulent pas d'eux et déplacer les travailleurs à poste aménagé d'un service à l'autre devient difficile. Les handicaps de ces agents sont souvent le produit de leur longue expérience, car ce sont des métiers usants. Plutôt que de les éjecter, il faudrait mettre à profit cette expérience, qui pourrait être une richesse pour l'hôpital », juge Julien Terrié. Par ailleurs, le CHU s'est lancé dans un énorme plan de rénovation des bâtiments, en empruntant un milliard d'euros. « Avec le plan hôpital 2007, le gouvernement a demandé aux hôpitaux de se moderniser sur leurs fonds propres. Enfin, Marisol Touraine demande que la fonction hospitalière, au niveau national, supprime 22 000 postes d'ici 2018… soit 200 postes en moins pour notre CHU », détaille le syndicaliste.

D'autant que si 750 postes ont été créés entre 2010 et 2014 au CHU, depuis, l'effectif n'augmente quasiment plus. Ce, alors même que la démographie de la ville rose poursuit son inflation, avec 10 000 à 15 000 habitants supplémentaires chaque année. À « flux tendu », les services dysfonctionnent à la première absence de personnel. « On rappelle les gens sur leurs repos pour venir remplacer un collègue absent. Cette année, l’hôpital comptabilise 230 équivalents temps plein en heures supplémentaires, et 240 en compte épargne temps », explique Julien Terrié. Dans ce contexte, le respect des restrictions médicales des agents passe à l'as. « Le service de consultation gynécologique est passé l'année dernière de huit à six personnes. En octobre, la moitié des agents étaient en arrêt pour burn-out. Il ne reste donc plus que deux personnes pour faire un travail prévu pour six, dont une employée ayant des restrictions médicales… qu'elle n'est, dans ces conditions, pas en mesure de respecter. Le 13 octobre dernier, les deux agentes restantes se sont mises en grève », explique Pauline Salingue, déléguée CGT.

Francis Sahal, référent juridique du pôle santé de la CGT et syndicaliste à l’hôpital, faisant figure de vieux sage, analyse : « À Marchant, l’hôpital psy, la direction met les agents en surnombre dans les services. Mais comme au CHU, ils ont supprimé des postes, y compris chez les DRH et chez les administratifs, il n’y a pas les moyens de penser la réorganisation. On a des gens qui font de l’usine, alors qu’il faudrait faire du sur-mesure. Le problème, c’est que le CHU de Toulouse n’a pas de politique envers les postes aménagés, ou plutôt si, la politique du “démerde-toi et crève”. »Dont acte.